Association - Confrérie des saints Anges gardiens

Canoniquement érigée et affiliée à l'Archiconfrérie romaine des Saints-Anges

Célestin Souques (1834-1908) - Naissance de la Confrérie

La présente notice a été rédigée à l'aide de la biographie du P. Souques, parue en 1909, de sa correspondance conservée aux archives de la Direction générale et de divers documents, en particulier des registres de délibérations du conseil général de la congrégation et d'un manuscrit du P. Clément Leygues, c.s.v.

1. Un religieux discret

Une bonne famille

Joseph, Numa, Célestin, Prosper Souques est né le 4 juin 1834. Célestin sera son prénom usuel. Il vit le jour à Saint-Pierre de Bessuéjouls, à une vingtaine de kilomètres de Rodez. Ses parents y possédaient un domaine. Son grand-père paternel était greffier de justice au canton de Bozouls. Son grand-père maternel, Jean-Baptiste Clédon, a présidé le Conseil général de l'Aveyron pendant 30 ans. Une famille de petits notables terriens. Un grand oncle paternel, prêtre, mourut au fort de Ha, près de Bordeaux, pendant la Terreur ; un oncle maternel devint archiprêtre d'Espalion, un oncle paternel était aussi ecclésiastique ; son frère devint supérieur des missionnaires diocésains puis curé-doyen de Laissac. Une bonne famille.

Célestin quitta tôt le milieu familial. Un oncle prêtre fut d'abord son précepteur. Puis, à neuf ans, il entra au petit séminaire de Saint-Pierre près de Rodez. Enfin, à partir de la classe de quatrième, il suivit les cours au collège d'Espalion qui venait de s'ouvrir. Sa biographie précise que "sa timidité naturelle le priva plus d'une fois de la première place aux examens. S'il combattit plus tard vivement ce défaut chez les autres, c'est qu'il en avait lui-même expérimenté les funestes effets".

Frère de Saint-Jean

On s'attendait à le voir prendre la carrière ecclésiastique comme plusieurs membres de sa famille et peut-être y connaître le bel avenir que ses solides capacités intellectuelles auraient pu lui valoir. En 1851, il s'engagea dans un sentier dans un sentier plus hasardeux. Il prit la route de Nant, un bourg au sud de l'Aveyron, où Mgr Croizier, évêque de Rodez tentait de créer une congrégation diocésaine, les frères de Saint-Jean.

Sous la conduite d'un prêtre diocésain et avec l'appui de deux Clercs de Saint-Viateur qui dirigeaient l'école de la localité, un groupe d'une quinzaine de grands garçons complétaient leurs études, et, tout à la fois, s'exerçaient à l'enseignement primaire et apprenaient à vivre la vie religieuse. Le 31 mars 1853, Célestin Souques obtint le brevet. Il prononça ses premiers vœux, le 24 septembre de la même année. Il devint quelques semaines plus tard, directeur de l'école primaire de Nant que les Clercs de Saint-Viateur remirent alors aux frères de Saint-Jean. Il n'avait pas 20 ans.

Affilié aux Clercs de Saint-Viateur

Mais la jeune communauté connaissait de sérieuses difficultés, surtout parce qu'elle était diocésaine et qu'elle ne pouvait bénéficier des avantages et garanties d'une congrégation reconnue par l'Etat ou d'une congrégation de droit pontifical. En 1854, Mgr Croizier décida d'affilier les frères de Saint-Jean aux Clercs de Saint-Viateur qui dirigeaient déjà cinq écoles dans le diocèse. Ce fut une affaire rondement menée. Préparée par un échange de correspondance entre le P. Querbes, fondateur des Clercs de Saint-Viateur et l'évêché de Rodez. Le P. Querbes se transporta à Nant où la jeune communauté n'était guère au courant des projets de son évêque-fondateur. Le biographe du P. Querbes note : "Tous, après un moment de surprise, lui promirent fidélité". Ils étaient quinze. En fait, 12 seulement figurent dans les registres des Clercs de Saint-Viateur dont, bien entendu, le F. Souques. Par cette affiliation, la congrégation des Clercs de Saint-Viateur s'implantaient solidement dans le diocèse de Rodez. Elle y fondait un noviciat et un supérieur régional était nommé : la Province de Rodez était née.

Montbazens

Le F. Souques continua de diriger l'école de Nant. En 1855 et pour deux années, il fut chargé d'une classe à l'Institution Sainte-Marie de Rodez que des prêtres diocésains venaient de créer. Puis ce fut la direction de l'école de Montbazens. Elle n'eut pas d'heureux résultats au point de vue financier. L'inexpérience du F. Souques ou son manque de préparation firent que la gestion se solda par un déficit que la congrégation dut combler. Plusieurs années après, il en gardait un souvenir cuisant : "La pensée de mon ancienne mauvaise administration et les remords qui doivent l'accompagner assaillent bien souvent mon esprit et mon imagination. J'ai beau chercher à éloigner de moi cette idée, elle reparaît sans cesse avec ce qu'elle a de poignant pour le cœur et de blessant pour l'amour-propre. Ne vais-je pas même quelquefois jusqu'à m'imaginer que je n'ai pas assez réfléchi en embrassant l'état religieux ? Ce qui me jette dans le plus grand découragement" (lettre au supérieur général, 22 juillet 1862). Sa famille s'était engagée à dédommager en partie la congrégation des torts que cette gestion avait provoqués. Plus tard encore, le F. Souques revint sur cette affaire : elle l'avait marqué.

Camonil

En 1860, il fut nommé professeur au noviciat et il commença alors des études préparatoires au sacerdoce. Le noviciat venait d'être transféré à Rodez dans un domaine que la congrégation avait reçu. Le terrain de Camonil, aux portes de Rodez (aujourd'hui, en pleine ville) s'étendait sur près de 4 hectares. On y avait ouvert un pensionnat le 1° novembre 1859. Cela n'avait pas été un franc succès : moins de 40 élèves, au cours de la première année.

Le F. Souques en fut nommé directeur en 1861. Il sut mobiliser les professeurs, encadrer les élèves, inspirer confiance aux parents. En 1868, le pensionnat avait plus de 200 élèves. En 1884, ils furent 400 dont plus de la moitié d'internes. Il fut le vrai fondateur du pensionnat, d'abord appelé "Saint-Jean" puis "Saint-Louis de Camonil". Il rédigea le règlement de la maison, créa de solides traditions, engagea les élèves dans des confréries pieuses ou charitables (Congrégation de la Sainte-Vierge, Conférence de Saint-Vincent-de-Paul). Il sur faire participer les professeurs à l'œuvre pédagogique, et, pour cela, il établit des réunions hebdomadaires de professeurs et des conseils pour assister le directeur dans sa tâche éducative, toutes choses neuves à l'époque.

La Confrérie de l'Ange Gardien

C'est dans ce contexte que vit le jour la confrérie de l'Ange Gardien. Le diocèse de Rodez avait, comme d'autres diocèses du sud de la France, une dévotion aux Saints Anges. L'un de ses évêques, François d'Estaing, avait composé un office en leur honneur et obtenu du pape Léon X, en 1518, l'institution de leur fête dans le diocèse. Voir, à ce propos, le beau livre de Nicole Lemaître "Le Rouergue flamboyant" (Cerf). Une chapelle de la cathédrale est consacrée aux Saints Anges. Célestin Souques fut sensible, sans doute, à une autre tradition, celle de sa congrégation dont le fondateur aveyronnais par son père, avait recommandé cette dévotion aux Clercs de Saint-Viateur. L'un des derniers actes du P. Querbes avait été de créer, dans la paroisse de Vourles (Rhône) dont il était curé, l'Association des Saints-Anges (2 février 1859). Issue de ces traditions, la Confrérie de l'Ange Gardien fut créée à Camonil en 1884. Elle prit un rapide essor, puisque, en 1890, elle comptait, dit-on, plus de 50.000 associés.


2. De nombreuses et lourdes responsabilités

Entre temps, le F. Souques avait reçu les divers ordres qui l'amenèrent à la prêtrise le 2 juin 1867. En 1871, il fut nommé maître des novices. Il abandonna donc la direction du pensionnat Saint-Louis mais il resta dans l'établissement comme aumônier. A l'époque, le noviciat n'était pas séparé de l'étape de formation qui le précédait, le juvénat. Juvénistes et novices suivaient des cours communs avec cependant quelques moments de formation, propres à chacun des deux groupes. L'ensemble représentait une cinquantaine de garçons et, de 1870 à 1880, il y eut en moyenne 11 professions par an. Il existe peu de témoignages directs sur la façon dont le P. Souques exerçait sa tâche de maître des novices. Sa biographie en reproduit cependant un qui fait état de son zèle, de sa bonté, de la chaleur qu'il savait mettre dans ses conférences, en particulier les conférences sur le catéchisme, de la façon dont il savait encourager et stimuler les aspirants à la vie religieuse.

Il devint peu à peu le confident et le directeur spirituel de nombreux religieux, prêtres et laïcs, tâche dont il se plaignait dans sa correspondance : elle lui prenait beaucoup de temps et il trouvait que les autres prêtres du pensionnat n'avaient pas assez de dirigés. Les retraites sacerdotales étaient pour lui des semaines où il recevait de nombreux prêtres. Tant qu'il fut à Camonil, il signait "C.-J. Souques, prêtre". Tout un programme.

En 1875, le supérieur provincial de Rodez, le P. Bojat, fut élu assistant du supérieur général. Le P. Souques, quoi qu'il lui en ait coûté, fut nommé à sa place. Il ne quittait pas Camonil puisque, en plus du pensionnat et du noviciat, la maison était aussi le siège de la province, d'une maison d'accueil pour les religieux âgés ou malades, d'une ferme et, plus tard, d'une école primaire. Cette cohabitation n'allait pas sans poser de problèmes. Juste avant d'être nommé supérieur provincial, le P. Souques s'en était ouvert au supérieur général : "Je vous disais dès le début (de la lettre) que nous aurions des questions à décider pour Camonil. Voici en substance ce dont il s'agissait : 1°, déterminer autant que possible la position du directeur du pensionnat par rapport au supérieur provincial qui loge dans la même maison, par rapport à l'économe qui est en même temps économe de la province, par rapport au maître des novices qui a été jusqu'ici aumônier du pensionnat. 2°, voir quels moyens adopter pour opérer l'entière séparation ou une séparation si ce n'est de maison, du moins de tout contact du pensionnat et du noviciat" (26 mai 1875).

Supérieur provincial

Quand le P. Souques prit la direction de la province, celle-ci comptait 123 religieux répartis dans 37 établissements : un collège (Saint-Louis de Camonil), 33 écoles primaires (toutes communales, sauf deux), la responsabilité d'une sacristie, d'un orphelinat (N.D. de Treize-Pierres, à Villefranche de Rouergue) et de la ferme qui lui était rattachée. Ces établissements se situaient presque tous dans le diocèse de Rodez. Seuls, cinq étaient éparpillés dans cinq autres diocèses.

A ce moment-là, la province était en expansion. Elle était formée de religieux jeunes pour la plupart. Leur formation n'était pas toujours très solide : les demandes d'ouverture de nouveaux établissements avaient amené trop souvent les supérieurs à abréger le temps de formation.

Quinze ans plus tard, à la fin du mandat du P. Souques, la province comprendrait 160 religieux et dirigerait 50 établissements. Parmi les nouvelles implantations des Clercs de St-Viateur, se trouvent deux nouveaux orphelinats : Kaymar, près de Lafouillade, et la Grande Allée (Toulouse), l'un et l'autre avec leur ferme de rapport. Ont été acceptées aussi la responsabilité de deux autres sacristies et la participation des frères à des œuvres dont ils n'assuraient pas la direction (un collège à Millau, l'Institution Sainte-Marie de Rodez et l'Institution des Sourds-Muets de Rodez). A noter encore que les nouvelles implantations acceptées par le P. Souques ont été réalisées, pour la moitié, hors de l'Aveyron, bien que le supérieur reconnaisse avoir "un faible pour le diocèse de Rodez, non parce que j'en suis, mais à cause des vocations, et nous verrons, oui, nous verrons, dans l'avenir, si je n'ai pas raison et si nous ne nous repentirons pas de laisser des établissements à d'autres" (lettre du 11 juillet 1876).

A l'époque, la centralisation était de règle, tant à l'intérieur d'une province que dans l'ensemble de leur congrégation. Seuls les religieux du Canada, à cause de leur éloignement, vivaient dans une autonomie privilégiée. Cette centralisation valait au supérieur provincial de s'occuper de beaucoup d'affaires qui concernaient personnes et biens : négociations avec les municipalités et les paroisses, surveillance de la pédagogie et de la gestion des écoles, interventions pour des riens. Cela entraînait des visites alors que les moyens de communication n'avaient pas atteint leur plein développement, et surtout une abondante correspondance.

De plus, il fallait rendre compte fidèlement au supérieur général : pour son mandat les archives de la direction générale conservent environ 260 lettres du P. Souques. Ces lettres, parfois longues, passent en revue la vie de la province, au jour le jour : ce sont les malades dont on suit l'état de santé, le juvénat et le noviciat dont on tente de déceler les possibilités, les religieux qu'il faut déplacer ou remplacer, les écoles à ouvrir, les affaires temporelles à traiter. Le 14 septembre 1875, le P. Souques s'excuse : "J'ai griffonné, c'est la neuvième lettre faite dans deux heures", et le 1° février de l'année suivante : "Je crois bien vous fatiguer par mes lettres, mais il faut bien une croix. Certes, elle doit vous peser, mais je sui si peu désintéressé que je ne recherche en vous écrivant que mon plaisir, le seul presque que je peux me procurer au milieu de mes nombreux travaux. C'est vous dire que ma pensée est mille fois par jour à Vourles - où résidait le supérieur général - où je trouve ceux avec lesquels j'ai eu à vivre une bonne partie de ma vie - le supérieur général et son assistant qui avaient été supérieurs à Rodez -, et je dirai la meilleure, car pour maintenant, je ne sais plus ce que c'est que vivre, car je ne respire plus".

Une charge lourde, difficile…

Pendant tout son mandat, le P. Souques resta aussi aumônier au pensionnat Saint-Louis de Camonil. Il se plaignait que trop d'élèves l'aient pris comme confesseur et directeur spirituel. A cela s'ajoutaient les relations avec les autorités religieuses et civiles. Les unes et les autres ne furent pas toujours faciles. Le siège épiscopal était alors occupé par Mgr Ernest Bourret, évêque de 1871 à 1896, devenu cardinal en 1893. Sa Grandeur, comme on disait à l'époque, entendait régir le diocèse d'une main ferme, congrégations religieuses y compris. C'est ainsi qu'il intervenait dans les affaires intérieures des instituts religieux. Il voulut, par exemple, établir la nullité des dispenses de vœux accordée par le supérieur général des Clercs de Saint-Viateur, ce qui était manifestement contraire au Droit. Ce fut surtout dans les ouvertures d'écoles que les frictions furent les plus fortes. Le supérieur ne pouvait répondre à tous les désirs de l'évêque et celui-ci ne comprenait pas qu'on ne lui obéisse point : "Un frère se trouve toujours, écrit-il au supérieur provincial, dût-on le prendre quelque part… Vous êtes des soldats qui craignez le feu et dont le dévouement ne va que jusqu'à certaines limites". En rendant compte de cette semonce au supérieur général, le P. Souques utilisa le mot "bourrasque" qui reviendra d'autres fois dans sa correspondance et pour des affaires semblables. On en vient à espérer un changement : "Monseigneur notre évêque me boude un peu, mais il m'a dit qu'il allait arracher la dent qu'il avait contre moi. Il est en ce moment à Paris ; s'il pouvait y trouver un archevêché !" (lettre du 1° mars 1876). Mais avec le temps, les orages se calment : "Tout s'est passé amicalement. L'ardeur de Monseigneur diminue avec le temps" (6 février 1887).

Avec l'administration civile, il ne fut pas question d'orages mais bien de tempêtes, comme alors dans toutes les régions françaises. Dans les années 1880-1890, fut mise en place une importante réorganisation des divers degrés d'enseignement, en particulier de l'enseignement primaire. Dans ce domaine, les dispositions qui en prévoyaient la gratuité et l'obligation aboutissaient à la laïcisation. A partir de 1886 et dans un délai de 5 ans, les congrégations durent céder la direction des écoles communales. Il s'en suivit un climat tendu dans lequel le moindre prétexte, à plus forte raison la moindre erreur, aboutissaient à des révocations et à des fermetures d'écoles. Pour la province de Rodez, de 1885 à 1890, 14 écoles furent fermées, 7 complètement ; les autres furent remplacées par des écoles libres. On imagine les tracas que vécut le supérieur.


3. Une si grande place

A plusieurs reprises, le P. Souques avait fait part au supérieur général de son souhait d'être déchargé de la responsabilité de la province. Le 15 mai 1884, il écrit une lettre particulièrement bien calligraphiée et bien argumentée. Il ne trouve plus, dit-il, "l'énergie voulue pour diriger une maison comme celle de Camonil… Il faudrait une grande fermeté… Elle n'est pas dans mon caractère et elle est affaiblie dans les nombreuses préoccupations qui m'obsèdent". Il estime que son "influence diminue beaucoup dans l'esprit des confrères. On m'a trop habitué et mes avis ne sont pas écoutés comme ils l'étaient autrefois". Il ressent "une fatigue de l'esprit, ma mémoire s'en va et mes facultés s'émoussent". Il ne demande pas "une situation qui favorise l'oisiveté. Du travail, toujours du travail, mais un travail qu'on puisse bien faire". […] Au bout de quinze ans, l'usure se faisait sentir. […] En 1890, à l'occasion du chapitre général, il fut élu Vicaire de la congrégation, c'est-à-dire assistant direct du supérieur général. Après avoir passé 30 ans de sa vie à Rodez, il partit donc pour Vourles (Rhône).

Vicaire général

La congrégation comprenait alors cinq provinces : trois en France (Vourles, Rodez, les Ternes-Saint-Flour), une au Canada (Joliette) et une aux Etats Unis (Chicago). Soit 620 religieux dont 35 prêtres, une centaine de novices. Elle dirigeait 140 établissements, essentiellement des écoles et des collèges où étaient reçus dans les 14.500 élèves. Le supérieur général, élu en 1890, était le P. Pascal Lajoie, un Canadien de 63 ans qui allait rester 29 ans à ce poste… Le conseil général comprenait aussi trois ou quatre religieux.

En plus de ses fonctions de vicaire général, le P. Souques se vit chargé de la tâche de maître des novices de la province de Vourles. Et ce fut là, moins d'un an après son arrivée dans la maison-mère, qu'il créa la Confrérie de l'Ange-Gardien. "Le P. Souques, relève-t-on dans sa notice bibliographique, se sentit plus vivement pressé que jamais de reprendre, en la complétant, l'œuvre commencée à Rodez. Dès l'automne de 1890, il dresse les statuts d'une archiconfrérie et rédige même la supplique qui en sollicite la faveur. En attendant qu'elle soit accordée, il obtient du cardinal Foulon, archevêque de Lyon, le 10 mars 1891, l'érection d'une Confrérie des Saints-Anges gardiens, dans la chapelle de la maison-mère. Cette confrérie, il la fait affilier à l'archiconfrérie romaine et lui donne enfin un organe, le bulletin de "l'Ange-Gardien". Il y a 100 ans ! Et le bulletin créé par le P. Souques existe toujours !

médaille de l'Association, fin XIXe

Déménagements successifs

En 1895, la Direction générale commença une pérégrination qui, dans l'espace d'une douzaine d'années, la contraindrait à quatre déménagements. Cette année-là, le chapitre général décida de séparer la direction de la congrégation de la direction de la province de Vourles. En effet, jusque là, les successeurs du P. Querbes continuaient ce que le fondateur avait commencé : ils cumulaient les deux directions. Cela ne posait pas de problèmes tant que la province de Vourles était tout l'Institut. Le développement de la congrégation en France et à l'étranger en avait compliqué la gestion.

En 1895, la Direction générale quitta Vourles pour Oullins (Rhône). Puis, en novembre 1896, elle s'installa à Paris. Pas pour longtemps : en 1903, les mesures anticléricales qui frappèrent les congrégations l'amenèrent à chercher refuge dans le diocèse de Malines en Belgique, à Aerschot. Elle se fixa enfin (1908) dans la banlieue de Bruxelles, à Jette-Saint-Pierre.

Le P. Souques prit part à tous ces déménagements. Il fut même chargé d'organiser les trois premiers. Quel était alors son état d'esprit, en particulier lorsqu'il dut quitter la France ? On peut supposer, sans gros risques d'erreur, que ce fut avec un cœur lourd qu'il vécut ces événements : il quittait la direction du noviciat, la responsabilité de l'Ange Gardien qui resta à Oullins où 1903 a manqué lui être fatal. Il quittait enfin son pays alors qu'il était presque septuagénaire.

Une dernière fois

A partir de 1895, il cumula les fonctions de vicaire et d'économe général : le travail ne lui avait jamais fait peur. Mais l'âge avançait. Au chapitre de 1905, il offrit sa démission. L'assemblée crut bon de la refuser et le P. Souques resta à son poste. Simplement, il fit un séjour en Rouergue pour revoir lieux et visages aimés. Une dernière fois.

En effet, les années passaient. Il n'avait jamais été d'une robuste santé. Il avait tenu plutôt à force de volonté et d'abnégation. Le 22 août 1908, il signait pour la dernière fois le registre des délibérations du conseil général. Ce jour-là, avait été prise la décision de quitter Aerschot et de s'installer près de Bruxelles. Le P. Souques arriva dans cette nouvelle maison pour s'y aliter et y mourir le 12 décembre 1908.

Post mortem… un si grand rôle

Un de ses neveux, prêtre dans le diocèse d'Orléans, était venu l'assister pendant ses derniers jours. Au nom de la famille Souques, il demanda que le corps du défunt soit porté en Aveyron pour y être enterré. Le conseil délibéra. "Il (le conseil) croirait aller contre la volonté même du vénéré défunt et contre celle de la communauté toute entière. Le R.P. Souques y a joué un si grand rôle, occupé une si grande place et y laissera tant de sympathies, tant de regrets et une mémoire si vénérée que personne d'entre nous ne consentirait, sans un cruel déchirement, au sacrifice de sa dépouille mortelle". A travers ces mots, même s'ils sont d'un style du début du siècle, passe bien un attachement qui témoigne de la place que le P. Souques avait occupée dans sa congrégation.

"Le bon Père Souques"

Le jeune homme qui, 56 ans auparavant, s'était engagé dans la vie religieuse sous le vocable de Saint-Jean n'avait sans doute pas imaginé parcourir cet itinéraire qui l'amènerait jusqu'à Bruxelles. Sur cette route, il avait assis la prospérité et la réputation d'un collège, contribué à l'essor d'une province religieuse, participé à l'administration et au développement d'une congrégation et, entre autres choses encore, lancé une revue qui tient toujours après 100 ans d'existence.

On le disait un peu réservé, voire timide, plus porté à s'effacer qu'à occuper le devant de la scène. Et c'est vrai que son extérieur donne cette impression. Dans les rares documents photographiques qu'on a de lui, il donne l'impression de vouloir passer au-delà du cliché, tellement il ne semble pas à l'aise…

Réservé et timide, il ne l'est pas dans sa correspondance avec la Direction générale. Respectueux de l'autorité, sans aucun doute. Mais il ne craint pas de dire que telle ou telle décision qu'envisage de prendre le supérieur général est imprudente (ouvrir un collège à Paris) ou anormale, voire injuste (prendre, sans contrepartie, des professeurs du pensionnat Saint-louis pour les nommer ailleurs).

Dans sa notice biographique, comme dans d'autres documents de l'époque, revient souvent l'expression "le bon Père Souques". C'est incontestablement un atout pour s'ouvrir les cœurs, en particulier, des "roseaux froissés", des "mèches qui fument encore". Un peu plus loin cependant, le biographe nous dit que certains religieux prirent cette bonté pour de la faiblesse et en abusèrent. Mais, on l'a noté à plusieurs reprises, sa disposition, son accueil, sa mansuétude lui valurent d'être souvent immobilisé au confessionnal ou pour des directions spirituelles. Finalement, n'est-ce pas le plus important ?

Sa charité et son zèle l'ont poussé à être inventif. L'Ange Gardien est né de cela. Après le P. Souques, d'autres responsables ont pris le relais, ont maintenu et développé la revue. Mais il sut donner l'impulsion première. Au cours de cette année, il est bon que sa mémoire soit rappelée.

Robert Bonnafous, c.s.v.
Extraits de la revue "L'Ange Gardien", 1991.


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